BIOGRAPHIE

EMMA DAUMAS OFFICIEL

Photo : Frank Loriou

 

Acte 1

C’est l’histoire d’une petite fille unique, dans tous les sens du terme. Une enfant attendue et choyée par des parents aimants. C’est d’ailleurs eux qui lui offrent sa première séance d’enregistrement, elle a 12 ans.

De concours de chant en bals de province, de salles des fêtes en studio Emma, encore enfant écume la région et ses dancings. L’ado regarde MTV et sait que sa place est de l’autre côté de l’écran. Cet écran qui l’attire et finalement l’appelle : Graines de Star, à 16 ans. Emma comprend très vite qu’à la télé on n’est pas qui on veut, qu’importe, elle veut plaire, alors elle fait tout pour... Et elle plaît ! Aventure M6 terminée, retour à la maison.Ce sera le BAC et un deal avec les parents : un an. Un an pour enclencher l’histoire faute de quoi, elle reprend ses études. La Star ac’ arrive au moment où la jeune fille pense qu’il va falloir renfiler son sac Eastpak.

Ce ne sera pas la Fac mais « Le Château ». En musique aussi il peut y avoir compétition. Emma la vit intensément, bosse, chante, danse, joue, rit, pleure… Et, une fois de plus, fait des concessions, elle se voit Alanis, on l’attend Lolita. Étrange. Et parfois frustrant. Trois mois plus tard l’aventure prend fin avec le succès que l’on connait. Elle est épuisée mais heureuse. Elle a assuré.

 

Acte 2

La lumière, satanée lumière, qui rend aussi belle qu’elle aveugle.

Emma comprend en une après-midi qu’elle est devenue, à son corps défendant, une autre. Il aura fallu une séance de shopping dans un grand magasin pour que l’amour devienne émeute, et sa vie, une fuite en avant. Coté chansons, hors de question de sombrer dans la pop sucrée qu’on tente de lui imposer, alors ce sera un autre costume : pop rockeuse, un costume certes plus ajusté à sa nécessité de rébellion, mais néanmoins encore un peu trop formaté.

Premier album, tête dans le guidon : tournée, succès, rincée. Deuxième album, idem.

Il faut, en fait, attendre le troisième pour qu’Emma commence à ébaucher l’esquisse de ce qu’elle sent être « son style ». Elle peut maintenant naviguer au calme, la tempête médiatique est passée, ça va mieux, Elle se concentre sur son travail, sa voix, sa voie. Elle fait les bonnes rencontres, enfin elle avance. Jusqu’au coup de semonce : fin de non-recevoir du nouveau patron de la maison de disque, qui se mue en fin de contrat. Premier choc. Qu’à cela ne tienne, allons de l’avant.

En parallèle d’une liberté de mouvement tant recherchée, Emma découvre l’autoproduction, signe quelques compos originales, connait le succès avec un EP et sa reprise de l’italienne Gala puis s’attelle à une nouvelle commande, un concept album à destination des enfants. Les projets affluent, mais les doutes et les mauvaises rencontres s’immiscent sournoisement dans la partie. Professionnels, personnels, les coups durs pleuvent en coulisse, il faut que ça cesse. En une nuit elle s’exfiltre d’un monde devenu toxique.

Retour à la case départ, le seul endroit où elle est désormais en sécurité, chez les parents.

 

Acte 3

Urgence. Changer d’air, de latitude, de solitude.

Itacaré, c’est un village perdu au nord-est du Brésil ou cohabitent paisiblement pêcheurs et surfeurs. Emma part sans savoir exactement ce qu’elle va y faire, et encore moins avec qui. Sac à dos, ordi, carte son, micro et une envie : réapprendre à s’aimer. Et là, c’est le choc, à la fois doux et profond, irréversible et salvateur. La gratuite bienveillance, la générosité de ces gens envers une inconnue, le talent des musiciens brésiliens, elle revit. Pas de contrainte, pas de combat, la paix s’installe. Emma fait des choses qu’elle n’avait même jamais envisagées, et plus que tout prend son temps.

Le temps. Voilà la clef. Le temps de faire adjoint au privilège de n’être obligé de rien faire. Pommade cathartique. Emma voyage, découvre des musiciens, les suit, pars à Buenos Aires ‘jamer’ avec eux, les produit, un peu, transmet, beaucoup. Mais plus que tout apprend, sur la vie en général, et sur elle en particulier. Le retour au pays se fera apaiser.

Elle revient en Provence et se met à noircir des cahiers. Des mots jetés, posés, domestiqués, ça commence à (re)venir et ce sera par l’écriture, elle le sent, elle le sait. Elle sait aussi qu’elle a besoin d’un avis éclairé et quitte à demander conseil, autant s’adresser au plus grand, ce sera Maxime le Forestier.

Maxime le bienveillant accepte : « Quand tu sortiras de chez moi tu sauras écrire tes chansons toute seule ».  Pendant une demi-année, à raison d’une fois par mois, elle fait ses classes. Auprès de son parrain et bonne étoile, elle échange d’égale à égal et la lueur devient lumière. La période est belle, Emma rayonne, rencontre, enfin, l’homme de sa vie et devient maman pour la première fois, d’une petite fille. Auprès de son amoureux elle s’initie à l’art contemporain et se lance dans la performance, l’improvisation, les formes inédites. Ici une b.o. mêlant comédie musicale et musique malienne dans l’œuvre Sister Ship de Maxime Rossi, là un cabaret aux allures de Freaks Show aux côtés de Nicolas Gruppo.

Emma s’émancipe. C’est à ce moment qu’arrive la deuxième bonne étoile : Danièle Molko devient sa manageuse et éditrice. Premier projet commun, un livre : Supernova, un livre purge. En une grosse poignée de feuillets, Emma se débarrasse de la télé réalité en y laissant son avatar. Protégée par l’Ange Danièle, elle dispose maintenant d’une liberté artistique totale, Molko la couve du regard, elle aussi elle sait, elle sait que ça va venir, elle sait que son artiste est prête. Les ailes poussent, Emma tente, expérimente, explose les cadres, joue au Musée du quai Branly, au Palais de Tokyo. Les fragiles contours d’un projet global qui mélangerait toutes les facettes de son talent commencent à se dessiner. 

Une résidence aux Trois Baudets, un nouvel EP. Emma a enfin trouvé son ton. Les choses se mettent en place…

La maladie de Danièle aussi. Et c’est elle qui va gagner. Emma est brisée. Il lui faudra un an pour s’en remettre. L’album de la renaissance devait s’appeler « Vivante », ironie du sort, il s’appellera désormais « L’art des naufrages », titre d’une chanson écrite pour Danièle, qu’elle avait pu lui faire écouter juste avant…

 

Acte 4

Emma se retrouve avec une grosse pelote de création dans les mains sans savoir où se trouve le fil sur lequel tirer pour qu’elle devienne projet.

C’est en fait avec Avignon et l’envie de partager ses chansons que les idées vont se mettre en place. Il faut créer quelque chose, parler au public. Les retrouvailles avec l’auteure Murielle Magellan vont être décisives, les deux femmes vont écrire un récit à quatre mains autour de chansons polies avec Etienne Roumanet, Nicolas Geny le mettra en scène et Justine Emard l’ornera d’une subtile scénographie vidéo. L’écrin sera un théâtre, le Théâtre du Chêne noir. Ce qui n’est pas encore un album prend vie sous forme d’un spectacle. Et quitte à faire des spectacles si l’on tient à sa liberté, autant les autoproduire.

Liberté chérie et totale. Désormais l’association « Les Enfants Sauvages » est à la manœuvre.

De la créativité à la fertilité, il n’y a qu’un pas et au même moment elle donne naissance à son deuxième enfant, un garçon cette fois-ci. Ça y est. Tout est prêt maintenant. 

Ne manque plus qu’un seul maillon, il s’appelle Alex, Alex Finkin. Alex qui a su déployer l’histoire en lui dessinant un écrin de chanson pop.  

Car en effet, c’est un album de pop que vous avez entre les mains, de la pop en français avec des textes, des vrais. L’album d’un long chemin, une drôle d’Odyssée certes, mais un album de dix chansons ; dix entités qui, découvertes séparément prendraient aisément place dans la programmation des radios, mais qui, envisagées comme un ensemble, vous diront dix ans de la vie d’une femme. Une femme qui, contre vents, sirènes, dangers, malheurs et grands bonheurs n’eut de cesse de vouloir partager avec son public sa liberté assumée.

Eric Jean-Jean